23/09/2014 | Le Moniteur des pharmacies.fr ..

Touche pas à mon officine !

Toutes les pharmacies sont appelées à faire grève mardi 30 septembre. Cette action emblématique vise à défendre les fondements de la profession face au projet de loi « croissance et pouvoir d’achat » du gouvernement. Monopole de la vente des médicaments, maillage territorial et propriété de l’officine sont dans le collimateur. Rien n’est encore joué.
C’est un avertissement. Un grand mouvement collectif et unanime pour montrer au gouvernement que les pharmaciens ne lâcheront rien pour protéger les fondements de leur profession?: le monopole de la vente de médicaments, le maillage territorial et la propriété de leur officine. À l’instar de nombreux professionnels libéraux du droit et de la santé, les pharmaciens sont appelés à baisser le rideau le mardi 30?septembre. «?Il faut faire bouger les lignes du projet de loi ‘‘croissance et pouvoir d’achat’’ avant qu’il ne soit rédigé?», avertit Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO).

De l’action tous azimuts
«?Nous nous associons pleinement à l’action initiée par l’Union nationale des professions libérales, qui appelle les professions libérales à observer une journée morte?», précise Philippe Gaertner, président de la Fédération des pharmaciens de France (FSPF), syndicat majoritaire chez les titulaires. Cette journée de grève à l’officine est soutenue par le troisième syndicat de titulaires (UNPF) et les autres représentants de l’officine?: l’Ordre, l’Association de pharmacie rurale (APR), l’Association nationale des étudiants en pharmacie de France (Anepf), la conférence des doyens des facultés de pharmacie de France et les collectifs de groupements (CNPGO, UDPGO). Réunis le 16?septembre, ils ont décidé de se mobiliser à travers plusieurs actions. Tout d’abord, le 30?septembre, l’ensemble des pharmacies est appelé à baisser le rideau et à placarder en vitrine l’affiche produite par l’Ordre. Localement, tous sont invités à rencontrer leurs élus pour expliquer la situation. L’USPO a mis sur son site (www.uspo.fr) une affiche (voir photo) et une pétition contre la vente de médicaments à prescription médicale facultative (PMF) en grande surface, à télécharger et à faire signer aux clients. L’USPO a aussi proposé une suspension des gardes de nuit et du dimanche à partir du 25?septembre. «La guerre éclair est une technique mais une guerre de tranchées peut être tout aussi productive», a déclaré Philippe Gaertner lors d’une conférence de presse le 18?septembre. Le président de la FSPF est clair?: «?Jusqu’au dernier amendement du projet de loi, la vigilance sera de mise?». Il faut dire que le pré-projet de loi «croissance et pouvoir d’achat» qui a circulé sur Internet et dans le journal Les?échos début septembre fait froid dans le dos. Certains diront qu’il s’agit d’un fake –?«?faux?» en anglais?–, une sorte d’imposture, d’intox, mais rien n’est moins sûr car le document de 30?pages contient «?des éléments qui sont d’actualité?», constate Philippe Gaertner. D’ailleurs, l’absence de démenti de la part du gouvernement laisse planer le doute…

Le feuilleton de l’été
Ce pré-projet de loi annonçait des mesures concernant les conditions d’exercice et de réglementation des professions de santé. Il propose notamment l’ouverture du capital social à des non pharmaciens, un assouplissement des conditions de regroupement des officines et l’ouverture du monopole. Médicaments à prescription médicale facultative, antiseptiques et dispositifs médicaux seraient ainsi lâchés aux mains des grandes surfaces. «?Si ce pré-projet de loi devait servir de base au texte présenté au Parlement, il mettrait à mal les trois piliers de l’organisation de l’officine, ce qui serait très dangereux pour les patients?», constate tristement Philippe Gaertner. Rien n’est encore joué au regard des épisodes quasi rocambolesques d’un feuilleton débuté le 10?juillet avec l’ancien ministre de l’Économie Arnaud Montebourg.
Son envie de réformer les 37?professions réglementées pour donner 6?milliards de pouvoir d’achat aux Français s’appuie sur un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) confidentiel. Pas si confidentiel que ça puisque l’annexe qui concerne les officines est transmise à certains représentants de la profession. S’ensuit alors la riposte de l’ordre national des pharmaciens le 22 août (1), qui démonte point par point les arguments de l’IGF, notamment sur le monopole?: «?Est-il encore besoin de rappeler que les médicaments à prescription facultative sont […] des produits de santé qui ne sont pas anodins???», s’insurge l’instance ordinale. Rappelant qu’au Royaume-Uni, «un tiers des 18-24?ans admettent une forme de dépendance et prennent tous les jours des médicaments en vente libre», si bien que «?les médias ont pris l’habitude de parler de ‘‘génération painkiller’’ (‘‘génération antidouleur’’). Est-ce cela que nous souhaitons pour la France??

Une nouvelle saison apaisée

Le rapport de l’IGF prône aussi une liberté totale d’installation pour les officines, ouvrant la voie possible à une pénurie dans les régions moins attractives. Le capital pourrait s’ouvrir à tout actionnaire non pharmacien –?Français ou étranger?–, qui en confierait la gérance à un pharmacien salarié. Fin août, la FSPF fait à son tour des «?propositions alternatives aux conclusions d’un rapport obsolète?» et interpelle le gouvernement pour infléchir la tendance. Dès lors, Marisol Touraine rappelle son attachement au monopole et au maillage territorial. La ministre de la Santé se veut rassurante dans un gouvernement où le Premier ministre veut agir vite. Celui-ci évoque la possibilité de légiférer par voie d’ordonnances pour éviter de passer par les longues étapes des débats au Parlement… Et puis Arnaud Montebourg démissionne. Emmanuel Macron arrive le 26?août. Le nouveau ministre de l’Économie adopte un ton plus mesuré. Interrogé le 17?septembre sur Europe?1, il nuance la position du gouvernement?: «On ne va pas résoudre le problème des Français en sacrifiant les notaires et les pharmaciens. Je ne vais pas dire qu’on va rendre 6?milliards d’euros de pouvoir d’achat aux Français. Par contre, si réforme il y a, elle se fera avec ces professions… La sécurité sanitaire, le maillage des territoires doivent être préservés». Il écarte également l’idée de légiférer par ordonnances?: «?Ce sera une vraie loi soumise à un débat. Elle sera présentée avant la fin de l’année au conseil des ministres et au Parlement en début d’année prochaine?». Au 19?septembre, les officinaux restent vigilants et choisissent de graduer leurs actions en fonction de l’attitude du gouvernement. «?Il ne faut pas aller trop vite mais tenir la distance?», prévient Philippe Gaertner, qui espère déjà que «?tous les pharmaciens respecteront la consigne de grève du 30?septembre?». Quant aux syndicats de salariés, ils n’ont pas été officiellement associés et, par conséquent, n’ont relayé aucun mot d’ordre collectif de grève. En revanche, Olivier Clarhaut, secrétaire fédéral de FO-pharmacie, a envoyé un courrier aux ministres de la Santé et de l’Économie sur les dangers de la vente d’OTC hors officine et l’ouverture du capital aux non pharmaciens.

En grève ou pas, le jour est payé
«?J’ai aussi préparé un communiqué à destination des salariés sur les risques [du projet de loi] pour le métier et l’emploi, ainsi que sur la liberté de s’associer ou non aux initiatives de leur employeur?», poursuit Olivier Clarhaut en respect du code du travail. Car les titulaires en grève le 30?septembre ne pourront pas appliquer une retenue sur salaire, en décomptant un jour de congé payé, ou en programmant la récupération des heures de travail perdues. Le salaire habituel du salarié doit être maintenu. «Lorsque l’employeur décide de sa propre initiative de suspendre l’activité de son entreprise, il ne peut en faire supporter les conséquences économiques aux salariés. Même si ces derniers sont solidaires de la grève», précise Olivier Clarhaut. Rien n’empêche l’employeur de fermer et de demander à ses collaborateurs de ranger des commandes, préparer la prochaine animation ou de faire du e-learning.?


(1) Réaction de l’ordre national des pharmaciens à l’étude de l’Inspection générale des finances concernant la profession de pharmacien titulaire d’officine, août 2013, http://bit.ly/1D3tuAH

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À lire dans Porphyre n°506 d’octobre 2014






Annabelle Alix et Christine Julien

Les dernières réactions

  • 29/09/2014 à 13:07
    lanlan 54
    alerter
    Gardons notre système de soins comme il est car il est hyper performant et plutôt désintéressé sur le plan financier alors qu'avec Leclerc ce sera du n'importe quoi,j'en suis persuadé!!!!!!!!

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